Retraite progressive : le guide complet pour travailler moins dès 60 ans

Salariée de 60 ans quittant le bureau en milieu de journée
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Travailler moins avant la retraite, tout en touchant une partie de sa pension : c'est possible depuis près de 40 ans, et pourtant presque personne ne le fait. Assouplie en 2025, la retraite progressive devient en 2027 l'un des outils clés pour organiser sa fin de carrière. Voici tout ce qu'il faut savoir.

En vidéo avec Thomas Rouillard, QualiRetraite

C'est quoi ?

Comment ça marche ?

La retraite progressive, c'est quoi ?

La retraite progressive est un dispositif de fin de carrière qui fonctionne comme des vases communicants : vous réduisez votre activité professionnelle, et en échange, vous touchez une partie de votre retraite, proportionnelle à cette réduction.

  • Vous passez de 100 % à 50 % de temps de travail ? Vous touchez 50 % de votre retraite.
  • Vous gardez 70 % de votre activité ? Vous touchez 30 % de votre retraite.

Il ne faut pas la confondre avec le cumul emploi-retraite. Dans le cumul, vous prenez votre retraite de façon définitive, puis vous reprenez une activité. Dans la retraite progressive, vous n'êtes pas encore retraité : vous touchez une retraite provisoire, et vous continuez à vous constituer des droits jusqu'à votre départ définitif.

Un dispositif ancien, longtemps confidentiel

La retraite progressive existe depuis 1988. Réservée au départ aux salariés, elle a été progressivement ouverte aux artisans et commerçants, puis en 2022 aux dirigeants assimilés salariés et aux salariés au forfait jours, et en 2023 aux fonctionnaires et aux professions libérales.

Pendant longtemps, elle est restée marginale. Puis tout s'est accéléré : le nombre de bénéficiaires a presque doublé en un an, passant de 34 798 en juin 2025 à 66 816 en juin 2026 (Cnav). Cela reste très peu au regard des quelque 850 000 départs à la retraite chaque année. Fait notable : environ deux bénéficiaires sur trois sont des femmes, souvent déjà à temps partiel.

Qui peut en bénéficier ?

Depuis le 1er septembre 2025, la réponse est simple : presque tout le monde, à trois conditions.

  1. Avoir 60 ans, quelle que soit votre année de naissance. Vous pouvez la demander à tout moment ensuite, y compris après l'âge légal.
  2. Totaliser au moins 150 trimestres, tous régimes confondus. Tous les trimestres comptent : travail, chômage, maladie, trimestres pour enfants, trimestres rachetés, périodes à l'étranger prises en compte par une convention.
  3. Réduire votre activité entre 20 % et 60 %. Vous devez donc garder entre 40 % et 80 % de votre activité.

La réduction se mesure différemment selon votre situation :

  • salarié (en heures) : baisse du temps de travail, entre 20 % et 60 % ;
  • salarié au forfait jours : baisse du nombre de jours, entre 20 % et 60 % ;
  • fonctionnaire : baisse du temps de travail, entre 10 % et 50 % ;
  • indépendant, dirigeant : baisse des revenus d'activité, entre 20 % et 60 %.

Bon à savoir : si vous êtes déjà à temps partiel (à 80 % par exemple) et que vous remplissez les autres conditions, vous n'avez rien à demander à votre employeur. Il suffit de faire la demande auprès de votre caisse de retraite. Beaucoup de personnes y ont droit sans le savoir, et perdent de l'argent chaque mois.

Et votre employeur ?

C'est l'un des grands changements de ces dernières années. Autrefois, l'employeur pouvait refuser le passage à temps partiel sans avoir à se justifier. Les règles ont été durcies à plusieurs reprises, et depuis la loi de 2025 sur l'emploi des seniors :

  • l'employeur doit répondre dans un délai de deux mois ; sans réponse, sa décision vaut accord ;
  • il ne peut refuser que s'il démontre que la durée de travail demandée est incompatible avec l'activité économique de l'entreprise.

Autrement dit, il devient très difficile de refuser une retraite progressive à un salarié.

Comment est calculée la retraite progressive ?

Votre retraite est calculée à la date de votre demande, avec la carrière que vous avez à ce moment-là : vos trimestres, vos meilleures années, vos points de retraite complémentaire. Si vous n'avez pas encore tous vos trimestres, ce calcul intègre une décote. Vous touchez ensuite la fraction correspondant à votre réduction d'activité.

Exemple : votre retraite calculée à 60 ans serait de 1 700 € par mois. Vous passez à 60 % de temps de travail : vous touchez 40 % de votre retraite, soit 680 € par mois, en plus de 60 % de votre salaire.

Ce que vous gagnez, ce que vous risquez

Ce que vous gagnez

  • Un revenu supplémentaire, pour un temps de travail réduit.
  • Vous continuez à cotiser : vous gagnez des trimestres et des points.
  • Une transition en douceur, au lieu d'un arrêt brutal.

Ce qu'il faut surveiller

  • Votre retraite définitive : si votre salaire baisse, vos dernières années peuvent peser moins dans le calcul de vos « meilleures années ». Pour un salarié, il est possible de négocier avec l'employeur de continuer à cotiser sur la base d'un temps plein.
  • Votre prévoyance : certains contrats réduisent les garanties (arrêt de travail, invalidité, décès) dès qu'une retraite est versée, même partielle. À vérifier avant de se lancer.
  • Les règles du jeu : votre caisse contrôle régulièrement votre situation. Si votre activité sort des bornes, la retraite progressive peut être supprimée. Et vous ne pouvez pas cumuler deux activités relevant de régimes différents.
  • Le passage à la retraite définitive n'est pas automatique : c'est à vous d'en faire la demande le moment venu.

Pourquoi elle devient incontournable en 2027

Pour les retraites qui démarrent à partir du 1er janvier 2027, le cumul emploi-retraite change profondément :

  • avant l'âge légal, il ne sera plus possible de cumuler retraite et revenus ;
  • entre l'âge légal et 67 ans, la retraite sera réduite au-delà d'environ 7 000 € de revenus par an (sous réserve du décret) ;
  • après 67 ans, le cumul restera libre.

Conséquence : pour toucher une partie de sa retraite avant l'âge légal tout en continuant à travailler, la retraite progressive devient souvent la seule solution. C'est vrai notamment pour les personnes en carrière longue, qui ne pourront plus cumuler avant l'âge légal.

Quelles stratégies selon votre situation ?

1. Vous voulez lever le pied avant l'âge légal. La retraite progressive est votre outil. Chiffrez votre revenu et l'impact sur votre retraite définitive.

2. Vous êtes déjà à temps partiel. Vérifiez vos trimestres : si vous avez 60 ans et 150 trimestres, faites la demande.

3. Vous approchez de l'âge légal. Comparez les chemins : rester en retraite progressive, liquider et cumuler, ou attendre le taux plein. Le bon choix dépend de vos revenus et de la durée de votre projet (voir le cas chiffré de Sylvie).

4. Il vous manque quelques trimestres pour atteindre 150. Un rachat de trimestres peut vous rendre éligible plus tôt. Cela peut changer son intérêt.

5. Vous êtes dirigeant. Ce que vous ne prenez plus en rémunération, vous pouvez le percevoir autrement : dividendes, rémunération du conjoint, trésorerie laissée dans la société. Bien construite, la retraite progressive peut même améliorer votre revenu global. À travailler avec votre expert-comptable.

Questions fréquentes

Puis-je demander la retraite progressive après l'âge légal ? Oui, à tout moment à partir de 60 ans.

Est-ce que je continue à gagner des trimestres ? Oui. Et après l'âge légal, si vous avez le taux plein, ces trimestres peuvent même vous apporter une surcote.

Mon employeur peut-il refuser ? Seulement s'il prouve que la durée de travail demandée est incompatible avec l'activité de l'entreprise.

Et si je suis indépendant ? C'est possible, avec des règles particulières : la retraite progressive démarre au 1er janvier, et la réduction se mesure sur vos revenus.

Est-ce que je peux encore consulter mon relevé de carrière ? Après le démarrage de la retraite progressive, le relevé n'est plus disponible en ligne de façon centralisée : pensez à le vérifier avant.

À retenir

  • Dès 60 ans, avec 150 trimestres, vous pouvez réduire votre activité et toucher une partie de votre retraite.
  • Vous continuez à cotiser, mais un salaire plus bas peut réduire votre retraite définitive.
  • Votre employeur ne peut presque plus vous la refuser.
  • Avec la réforme du cumul en 2027, elle devient souvent le seul moyen de lever le pied avant l'âge légal.

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Informations à jour en octobre 2026. Seuil du cumul 2027 sous réserve du décret. Ne remplace pas une étude personnalisée.

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