
Toucher sa retraite tout en continuant à travailler : c'est possible, légal, et pourtant très peu utilisé. Le cumul emploi-retraite est l'un des dispositifs les plus utiles pour préparer la fin de sa carrière. Il change profondément le 1er janvier 2027. Voici tout ce qu'il faut savoir pour comprendre, et pour ne pas laisser passer la bonne date.
En vidéo avec Thomas Rouillard, QualiRetraite
Ce qui change en 2027
Jusqu'au 1er décembre 2026
Pendant longtemps, en France, la retraite a été vue comme la fin du travail : on range son bureau, on reçoit sa médaille, on part. Cette image ne correspond plus à la réalité du droit.
La retraite est un droit financier qui s'ouvre à partir d'un certain âge. La prendre (on dit « liquider » sa retraite) ne vous oblige pas à cesser définitivement toute activité. Le cumul emploi-retraite, c'est justement la possibilité de percevoir votre pension tout en ayant des revenus professionnels : un salaire, des revenus d'indépendant, une rémunération de dirigeant.
Concrètement, vous pouvez par exemple :
Le dispositif reste confidentiel. Sur 17,2 millions de retraités, environ 606 000 cumulent leur pension avec une activité, soit moins de 4 % (DREES, données fin 2023). Le plus souvent, il s'agit d'une activité à temps partiel.
Ceux qui l'utilisent ont des motivations très variées :
Tant que les règles actuelles s'appliquent, tout dépend d'une question : avez-vous obtenu le taux plein (tous vos trimestres, ou l'âge de 67 ans) et avez-vous pris toutes vos retraites, de base et complémentaires ?
Cumul intégral : âge légal atteint, taux plein, toutes les retraites liquidées. Vos revenus d'activité ne sont pas plafonnés, quel que soit votre statut.
Cumul plafonné : dans tous les autres cas, vos revenus sont limités selon votre statut :
Si le plafond est dépassé, la pension est réduite d'autant.
Quelques règles complètent le dispositif :
Le cumul emploi-retraite a été modifié à chaque grande réforme. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est mal connu : ses règles changent tous les quelques ans.
L'article 102 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 réécrit le dispositif. L'objectif affiché : le recentrer et faire des économies. Pour les retraites qui démarrent à partir du 1er janvier 2027, seul votre âge comptera :
Avant 67 ans, les cotisations versées pendant le cumul ne créeront plus de droits supplémentaires.
Bonne nouvelle : la réforme n'est pas rétroactive. Ceux dont la retraite démarre avant 2027 gardent les règles actuelles, même s'ils continuent à travailler pendant des années.
Qui sera le plus touché ? Les dirigeants et indépendants qui veulent garder une activité bien rémunérée entre l'âge légal et 67 ans, et les personnes en carrière longue, qui ne pourront plus cumuler avant l'âge légal.
On lit souvent qu'il faut partir « avant le 31 décembre 2026 ». C'est inexact. Une retraite de base démarre toujours le premier jour d'un mois. La dernière date de départ possible sous les règles actuelles est donc le 1er décembre 2026.
Peu importe la date du premier paiement : si votre retraite prend effet le 1er décembre 2026 et que vous n'êtes payé qu'au printemps 2027, ce sont bien les règles actuelles qui s'appliquent.
Jean-Marc a 64 ans. Il préside sa société et se verse 4 350 € par mois. Il lui manque quelques trimestres : sa retraite serait de 2 650 € par mois, avec une décote. Il veut rester aux commandes.
Quelle option est la meilleure ? Cela dépend de ce qu'il veut prélever sur son entreprise, et sous quelle forme. C'est exactement ce qu'il faut chiffrer avant le 30 novembre.
1. Vous voulez continuer à travailler : partir en 2026. Si vous avez l'âge et un projet de continuer, une retraite démarrant au plus tard le 1er décembre 2026 vous garde dans les règles actuelles, à vie pour ce cumul.
2. Vous hésitez à partir sans le taux plein : faites le calcul. Attendre le taux plein a un coût, souvent de plusieurs dizaines de milliers d'euros de pensions abandonnées. Si vous pouvez cumuler, partir avec une petite décote est souvent gagnant (voir notre article « Faut-il attendre le taux plein ? »).
3. Vous voulez lever le pied progressivement : la retraite progressive. Vous travaillez à temps partiel et touchez une partie de votre retraite, tout en continuant à acquérir des droits. Elle est accessible dès 60 ans, et l'employeur doit justifier un refus. Avec la réforme, elle devient une alternative sérieuse au cumul.
4. Vous ne comptez pas vous arrêter avant longtemps : la surcote. Chaque trimestre travaillé au-delà du taux plein et de l'âge légal augmente votre future pension de 1,25 %. Pour certains, reporter son départ reste le meilleur choix.
5. Vous êtes dirigeant : repensez votre rémunération. Salaire, dividendes, rémunération du conjoint, réduction progressive : la façon dont vous vous rémunérez pendant le cumul change le résultat du tout au tout. C'est un sujet à traiter avec votre expert-comptable.
6. Vous êtes libéral et avez aussi été salarié : un cas particulier. La réforme s'applique selon la date de votre première retraite de base. Dans certains cas, il reste possible de partir en 2026 au régime général. À étudier au cas par cas avec un expert.
Dois-je arrêter de travailler pour prendre ma retraite ? Cela dépend de votre statut. Un salarié doit quitter son emploi, puis peut en reprendre un. Un dirigeant assimilé salarié doit cesser son mandat avant d'être renommé. Pour les indépendants et les libéraux, les conditions varient selon la caisse. Dans tous les cas, une activité peut ensuite reprendre dans le cadre du cumul.
Je suis déjà retraité et je cumule : la réforme me concerne-t-elle ? Non. Elle ne vise que les retraites qui démarrent à partir du 1er janvier 2027.
Mes nouvelles cotisations me rapportent-elles quelque chose ? Aujourd'hui, en cumul intégral, elles ouvrent droit à une petite seconde retraite, plafonnée. À partir de 2027, pas avant 67 ans.
Et si je dépasse le plafond ? En cumul plafonné, votre pension est réduite du montant du dépassement. Il est donc important de prévoir ses revenus avant de reprendre.
Puis-je encore partir en 2026 ? Oui, si vous avez l'âge et que vous déposez votre demande à temps : au plus tard le 30 novembre dans le privé, plus tôt pour la plupart des libéraux.
Date limite : 1er décembre 2026
Vous avez entre 60 et 66 ans et vous comptez continuer à travailler ?
Un expert QualiRetraite chiffre votre situation avec les deux règles, 2026 et 2027, pour choisir la bonne date avant le 30 novembre.
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