Retraite progressive des dirigeants et des TNS : mode d'emploi et arbitrage avec le cumul 2027

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Sur le papier, la retraite progressive ne séduit pas les dirigeants : baisser sa rémunération pour toucher une fraction de sa retraite. En pratique, c'est l'un des leviers les plus puissants de la fin de carrière, à condition de maîtriser ses règles techniques et de retravailler la stratégie de rémunération.

Article destiné aux experts-comptables, CGP et conseillers.

En vidéo avec Thomas Rouillard

L'atout caché des dirigeants

Aller au-delà du chiffrage

1. Le changement de lecture : du « je baisse ma rémunération » au « je touche un chèque »

Présentée de façon littérale, la retraite progressive se heurte toujours à la même objection : « Pourquoi gagnerais-je moins alors que je travaille autant ? » La bonne lecture est différente. À 60 ans, la législation ouvre au dirigeant le droit de percevoir chaque mois une fraction de sa retraite. La question devient : pourquoi la refuser ?

Le dirigeant a la main sur la façon dont il extrait la valeur de son entreprise. Ce qu'il ne prélève plus en rémunération peut être perçu autrement :

  • une rémunération plus élevée avant le démarrage, lissée ensuite ;
  • une rémunération différée après la liquidation définitive ;
  • des dividendes plutôt que de la rémunération (attention à leur traitement social selon le statut) ;
  • un transfert de rémunération vers le conjoint, souvent plus productif de droits ;
  • de la trésorerie laissée dans la société et récupérée plus tard, éventuellement dans le cadre des exonérations liées au départ à la retraite.

2. Les règles propres aux TNS

  • Date de démarrage : uniquement au 1er janvier (contre le 1er de n'importe quel mois pour un salarié ou un assimilé salarié).
  • Revenu minimum : revenu d'activité antérieur d'au moins 40 % du SMIC annuel.
  • Revenu de référence : moyenne des revenus des 5 années précédant la demande.
  • Réduction exigée : revenu conservé entre 40 % et 80 % du revenu de référence.
  • Assiette retenue : assiette sociale complète, y compris dividendes soumis à cotisations du gérant majoritaire et plus-values à court terme.
  • Versement : fraction provisoire de 50 % pendant environ 18 mois, puis régularisation une fois le revenu réel déclaré.
  • Sortie des bornes : moins de 20 % de baisse, suppression et reprise des sommes versées ; plus de 60 %, tolérance d'un an pour revenir dans les bornes.

Exemple de régularisation : un commerçant gérant majoritaire a un revenu de référence de 16 500 €. Son revenu réel de la première année est de 8 800 €, soit 53 % conservés. Il a droit à 47 % de sa retraite. Ayant perçu 50 % à titre provisoire, il rembourse l'écart sur les versements suivants.

Point de vigilance : en entreprise individuelle, le pilotage du revenu est délicat. Un gérant majoritaire maîtrise sa rémunération ; un entrepreneur individuel subit son résultat.

3. Les autres points techniques à maîtriser

  • Mandataires assimilés salariés : éligibles depuis 2022 ; la réduction s'apprécie sur la rémunération.
  • Activité exclusive : pas de cumul salarié + indépendant (micro-entreprise comprise) pendant la retraite progressive. Un double statut doit être arrêté.
  • Changement de statut au démarrage : un TNS qui devient salarié à temps partiel est éligible ; le cas inverse est une zone de discussion fréquente avec les caisses.
  • Professions libérales : la retraite de base CNAVPL est accessible. Côté complémentaire, seules certaines sections versent déjà une fraction (CARPV, CARPIMKO) ; les autres régimes complémentaires sont en cours d'évolution.
  • Agirc-Arrco : coefficients propres à la retraite progressive ; le choix de liquider ou non une tranche à 67 ans se fait au démarrage.
  • Exonérations au départ à la retraite (articles 150-0 D ter et 151 septies A du CGI) : la retraite progressive n'est pas un départ définitif. Le délai de 24 mois n'est pas déclenché par elle.
  • Prévoyance : vérifier les clauses de fin de garantie liées à une liquidation, même partielle, et les capitaux exprimés en pourcentage du salaire.
  • Relevé de carrière : il n'est plus disponible de façon centralisée après le démarrage ; à vérifier et corriger avant.

4. L'arbitrage avec le cumul emploi-retraite à partir de 2027

  • Avant l'âge légal : cumul impossible (chaque euro gagné est retiré de la pension) ; retraite progressive possible dès 60 ans. En pratique, la retraite progressive est la seule solution.
  • De l'âge légal à 67 ans : cumul avec pension réduite de 50 % au-delà d'environ 7 000 € de revenus par an ; retraite progressive possible. Arbitrage à chiffrer client par client.
  • Après 67 ans : cumul libre, sans plafond ; retraite progressive possible mais peu utile. Le cumul emploi-retraite s'impose.

Cas des carrières longues : demain, carrière longue + cumul avant l'âge légal sera impossible. L'alternative : ne pas liquider et attendre l'âge légal, ou passer par la retraite progressive. Le dispositif concerne un public élargi depuis que deux trimestres pour enfants comptent dans le calcul de la carrière longue (1er septembre 2026).

5. Un cas complet : Sylvie

Salariée, 60 ans en mai 2027, âge légal en novembre 2030, taux plein en octobre 2031, objectif : mi-temps jusqu'à 67 ans. Trois chemins à l'âge légal : retraite progressive jusqu'au bout (186 000 € perçus, 2 614 € de retraite) ; liquidation et cumul (226 000 €, mais 2 161 € de retraite, soit 453 € de moins par mois, perdant dès 74 ans environ) ; retraite progressive jusqu'au taux plein puis cumul (220 000 €, 2 315 € de retraite). Le troisième chemin est le meilleur équilibre. Voir le cas complet de Sylvie.

6. La méthode pour un cabinet

  1. Repérer : clients de 58 ans et plus ; salariés déjà à temps partiel ; dirigeants qui veulent lever le pied ; carrières longues.
  2. Vérifier les 150 trimestres (et l'intérêt d'un rachat pour les atteindre) et corriger le relevé avant le démarrage.
  3. Chiffrer la retraite progressive et ses chemins de sortie, avec les règles de cumul 2027.
  4. Retravailler la rémunération du dirigeant et du couple, et la prévoyance.
  5. Anticiper : environ 6 mois avant le démarrage pour un salarié ; au plus tard l'automne précédent pour un TNS (démarrage au 1er janvier).

Pour les bases du dispositif, voir notre guide complet de la retraite progressive.

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